Une nouvelle année avec Georges Louvier
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Un seul couvert, ce soir, James
Hier soir, réveillon à la Houellebecq. Menu : Comté Entremont, Pont-L’Evêque Lanquetôt et salade en sachet Leaderprice. Dessert : une pomme. Le repas s’est déroulé entre 18h12 à 18h16. Après, tout était organisé. J’avais loué deux DVD, Last Days et Mondovino. J’ai commencé par Mondovino. Un vigneron bourguignon, de couleur rouge, le genre à paraître 80 ans mais à en avoir 50, était interrogé dans sa cave, parmi ses flacons. Il déclarait : “un vin ne se boit jamais seul”. Quand un personnage de cet acabit parle de circonstances dans lesquelles boire est déplacé, il faut l’écouter. C’est ce que j’ai fait. J’ai renoncé à ouvrir la bouteille de château Citran inscrite au programme, achetée quelques heures plus tôt au franprix. Et à celle de Tio Pepe, que j’avais placée au frais, également à dessein. S’en est suivi une projection de Last Days, comme si j'y étais. Autant que je me souvienne, c’est la première fois qu’un vigneron me gâche une soirée.
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Et Dieu sait si j'aime la Corée
Il y a six mois, Tony Danger m'a prêté un DVD. Le film (coréen) s'appelle « Spring, Summer, Fall, Winter… And Spring ». Je l'ai vu hier soir. Ce qui s'y passe est à peine croyable :
Un vieil homme très bouddhiste vit avec un gamin de 5 ans dans un petit temple en bois, flottant au milieu d'un étang complètement paumé. C'est en Corée.
SPRING Le vieux, planqué derrière un bosquet, épie le mouflet en train d'accrocher des cailloux à plusieurs animaux au moyen d'une ficelle : un poisson, un crapaud et un serpent. La nuit suivante, pour lui apprendre à vivre, le vieux accroche à son tour une pierre sur le mouflet pendant son sommeil. Au petit matin, le mouflet pleure : « Maître, maître, s'il te plaît, enlève-moi la pierre, je t'en supplie ». « Fume ! lui dit le vieux. Retrouve les animaux d'hier, détache-les et on verra ». Alors le mouflet y va, met la main sur les bestioles (dont deux sont malheureusement décédées) et revient à la maison en pleurant.
SUMMER Le gamin a 18 ans. Le vieux a évolué à l'avenant. Deux femmes se pointent dans leur trou, une mère et sa fille. La petite est malade. La mère vient la confier aux bons soins du Maître. La petite est d'une vingtaine d'années, avec des lèvres rouges et un œil un peu vicieux. Elle s'habille sexy. Le gamin en est dingue. Il tente plusieurs approches explicites, mais se fait rembarrer à tous les coups. Sauf un beau jour, où la petite cède sur le principe d'un missionnaire rapide contre un rocher, près d'un ruisseau. À la décharge de la fillette, mis à part prier en tapant avec une baguette sur un gros bilboquet en bois sculpté à genoux devant une bougie, il n'y a pas grand chose à faire dans la région, aussi verdoyante et vallonée soit-elle. Une idylle se développe. Le vieux s'en aperçoit. Il le prend mal. Il dit : « la luxure engendre l'envie de posséder, qui elle-même conduit à l'envie de meurtre et c'est mal ». Il demande à la fillette de lever le camp. Elle s'efface dans délai. Le gamin ne s'en remet pas. Il prépare un baluchon en catastrophe et quitte la bicoque à son tour.
FALL Le gamin frappe à la porte du vieux après dix ans d'absence. Il vient de tuer sa femme. Elle le trompait. La police le recherche. Il est inconsolable. Le vieux lui donne des coups de bâton et l'oblige à réaliser des calligraphies avec la pointe du couteau fatal sur toute la surface du plancher, soit près de 70 m2. L'exercice s'avère fastidieux. Deux policiers débarquent. Ils viennent procéder à l'arrestation du fugitif. Le vieux demande s'il serait possible d'attendre que le gamin finissât ses travaux de gravure. Les policiers n'y voient pas d'inconvénient. Ils s'installent sur un banc et jouent avec leur pistolet pour se détendre. Le gamin exécute le dernier idéogramme puis s'endort sur son œuvre, à bout de force. Le vieux se met à peindre les idéogrammes en bleu, jaune, vert et violet. Les policiers lui donnent un coup de main. Au petit matin, le gamin se fait embarquer comme convenu. Enfin seul, le vieux s'immole par le feu.
WINTER Après une grosse quinzaine d'années de prison, l'ex-gamin revient au temple. Il traverse à pied l'étang gelé. La baraque est désaffectée. Il n'en semble pas autrement surpris. Il creuse un trou dans la glace et se passe un peu d'eau sur le visage. Il fait un grand ménage. Il se met sérieusement à la pratique du kung-fu. Il progresse à vue d'oeil. Un beau jour, une femme au visage dissimulé par un foulard apparaît, un bébé dans les bras. Elle lui confie l'enfant, puis part sans prévenir en pleine nuit. Distraite, elle tombe dans le trou creusé par le mec, à cinq mètres de la maison. Le mec découvre son corps le lendemain matin. Voyant ça, il s'atèle une grosse pierre à l'abdomen, attrape une statue de bouddha en bronze et réalise aussi sec l'ascension d'une montagne. Une fois en haut, il pose la statue de bouddha avec précaution et respect. Il s'assied en face.
... AND SPRING Le gars a pris les traits du vieux et le bébé laissé par l'inconnue, ceux de lui-même à l'âge de 5 ans. Il dessine un portrait du marmot, au bord de l'étang, avec un regard plein d'indulgence. Le ciel est plutôt dégagé. Un plan panoramique nous apprend que la statue de bouddha érigée au sommet de la montagne n'a pas bougé depuis la dernière fois.
FIN
…
Je crois que je vais lui dire que je l'ai perdu.
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Enfin une bonne nouvelle !
Après le succès du Good Vibration, cet été, John Good lance son grand cocktail d'hiver… Un short drink onctueux, doux comme une caresse, qui séduit les femmes les plus réfractaires à la boisson. Grâce à son apparence inoffensive, le « News is Good » permet d'accélérer de façon significative le processus menant au coït. De plus, son petit goût sucré en fait une boisson très appréciée par les plus jeunes.
La recette* : - 1 mesure de vodka - 1/2 mesure de lait concentré sucré - 1/2 mesure de sirop de châtaigne
Il est possible de customiser le « News is Good » en y ajoutant en fin de préparation un trait de grenadine, pour une touche de couleur ultra girly.
* Une exclusivité Georges Louvier
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Le Ritz n'a qu'à bien se tenir
Kelly Riviera va voir Les Amants Réguliers à la séance de 17h15. Pour lui laisser intact le plaisir de la découverte, je ne lui dis pas que c’est chiant. Nous nous souhaitons bon dimanche. J’arrive à Bastille en un temps record. J’ai une demi-heure d’avance. Je patiente au café de l’Industrie, passant sur la baisse du niveau des serveuses, au plan corporel. Je commande un verre de rosé de Provence, du nom de Minuty. Ce vin était servi au mariage de ma cousine en 1993. J'en ai gardé un bon souvenir. Malheureusement, le vin arrive à température ambiante. Je vais protester au comptoir. Le barman admet que son frigo laisse à désirer et qu’il n’a rien de vraiment frais. Après une petite discussion, je repars m'asseoir muni d’un kit de rafraîchissement : un verre vide et un autre rempli de glaçons. Je rafraîchis le verre vide en y transvasant les glaçons, puis les remets à nouveau dans l’autre, afin de verser dans le premier le rosé. Je réalise la même opération avec le verre qui contenait à l’origine le rosé, désormais vide. Je recommence et ainsi de suite. En trois minutes, le rosé est porté à la température idéale. Soudain il est l'heure d'aller répéter. Je me rend au studio Campus. Don Paris, notre manager responsable du continent européen, vient superviser le dernier quart d’heure. Nous sortons du Studio à 21h20. Jim Volvo et Sticky vaquent à leurs occupations. Don, Buzz et moi avons faim. Par chance, l’Indien de la rue Bréguet est ouvert le dimanche. Don opte pour un menu complet tandis que Buzz et moi préférons nous focaliser sur les curry et l'assortiment de begnets. Dans l’urgence, nous commandons une bouteille de Brouilly. Elle est bouchonnée. Et comme, au-delà du liège, elle présente un taux d’acidité peut-être dangereux, nous demandons à la remplacer par une bouteille de Tavel. Cette fois-ci, notre choix s’avère payant. Une deuxième bouteille est vite nécessaire. Elle résiste à peine plus longtemps. Le repas arrive à son terme. Nous convenons ensemble qu’il serait idiot de se quitter comme ça. Nous tombons d'accord pour découvrir le bar de l’hôtel Ibis, situé en face. Il est bientôt minuit, mais l’atmosphère y est encore très conviviale. Des petits groupes d’Espagnols et de Hollandais, du troisième âge surtout, occupent la plupart des tables. Nous choisissons le comptoir. Aucun cocktail ne figure à la carte. Je m’en inquiète auprès du barman, qui confirme. Il nous montre d’un geste désolé les alcools et jus actuellement disponibles, très peu de chose. Il y a néanmoins du curaçao bleu. Je lui propose d’utiliser une grande carafe comme de shaker de fortune. Selon mes indications, il y verse le cinquième restant d’une bouteille de vodka, un peu moins de jus d’ananas, quelques centilitres de curaçao, arrose l’ensemble de glaçons puis va shaker le mélange en cuisine. L’expérience semble l’enthousiasmer. Il répartit la mixture dans des grands verres, à mi-hauteur, puis allonge avec du schweppes, comme convenu. Il ne s’oublie pas. Le résultat est très désaltérant. Donnie propose d’appeler ce cocktail “Ibis”. Nous approuvons. La carafe contient de quoi servir une deuxième tournée. Nous en venons rapidement à bout. Le barman suggère de créer une variante de l’ibis, en remplaçant la vodka désormais manquante par le gin. Nous nous mettons au travail. Pour changer, nous augmentons un peu la dose d’ananas et réduisons celle de curaçao. La couleur obtenue, un jaune pâle aux mystérieux reflets verts, nous enchante. En bouche, c’est encore meilleur que l’ibis. Don baptise le cocktail “Thierry”, du nom du barman. Nous trinquons à notre nouvelle création. Le barman apporte l’addition : 13,50 euros pour l’ensemble. C'est un bon prix. Nous saluons chaleureusement notre bienfaiteur, puis prenons l’air. Buzz rentre chez lui, il est à deux pas. Donnie et moi migrons vers la rue de Charonne. La carte de l’Entrepote attire notre attention. Les cocktails y sont à l’honneur : une trentaine de références, essentiellement des classiques. Nous nous installons en terrasse. Don Paris commande un Blue Lagoon et moi, un Bourbon Sour. Les boissons, pourtant d’aspect soigné, se révèlent imbuvables. Je me lève et les rapporte au bar. Je dis textuellement au barman : “c’est vraiment pas bon”. Il répond mot pour mot : “c’est pas grave” et accepte de reprendre nos verres. Nous partons sans chercher à explorer la carte davantage. La terrasse du Traquenard est pile en face, alors pourquoi s’emmerder, nous traversons la rue. Il reste une table à côté de deux filles assez moches - très moches, même, selon Don. Nous nous asseyons. Les voisines s’intéressent à nous. Elles ont observé de loin notre manège à la terrasse de l’Entrepote, le renvoi des cocktails, le départ anticipé et voudraient en savoir plus. J’explique. Elles relancent. Le contact s’établit. Don Paris, qui a décidé de boire bleu, commande un “Blue Moon” (tequila, vodka, curaçao) et moi un “Hold up” (cognac, orange, crème de coco). Des spécialités maison, plus ou moins. Sans surprise, le cocktail de Don est détestable. D’après sa composition, il aurait pu s’en douter. Le mien passe. J’en aspire très vite une partie afin de laisser la place d’y verser sa mixture. Bonne surprise, le mélange est excellent. Nous y plongeons nos deux pailles. Les voisines trouvent que “Georges Louvier” ressemble à un nom de personnage de méthode de Français. Elles considèrent que nous avons un humour très belge (elles-mêmes habitent Bruxelles, bien que de nationalité française) et que nous sommes élitistes. Nous ne comprenons qu'une partie de leurs insinuations. Le bar ferme. Nous prenons congé. Donnie prétend qu’il peut nous faire boire gratuitement au Truskel. De la part du manager adjoint aux affaires européennes des Love Bandits, cette information n'a rien d'étonnante. Toutefois, sans jamais y être allé, j’ai l’intuition que ce bar est fermé le dimanche. Donnie soutient le contraire. Il appelle le patron pour en avoir le coeur net, mais tombe sur son répondeur. Il ne se démonte pas et m’offre même le taxi pour vérifier sur pièce. Nous arrivons place de la Bourse. Le Truskel est fermé. Sur la porte, un mot : “Ouvert tous les soirs à partir du 1er novembre”, c’est-à-dire après-demain. Don triomphe : “Ah, tu vois !” Bravo. Nous nous rabattons sur un pub du boulevard. La terrasse est délimitée par une clôture en plexiglas, dont l’accès est gardé par un videur. Nous commençons par “laver notre organisme”, selon une technique de Don, en buvant des bières blanches à la pression. Une fois purifiés, nous commandons des Bourbons Sour. Le produit ne figure pas sur la carte, mais le barman sait y faire. Nous sommes surpris par l'impressionnant (physiquement) videur en train de jeter des rondelles de citrons par dessus la barrière. Il nous enjoint fermement de ne pas recommencer. Don pense que nous devrions partir sans payer. Je me méfie de ses conseils : il est peut-être ivre.
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Lundi, à la folie (en quatre points à retenir)
1/ Pot d'entreprise au Petit Écho de la Mode, célébrant la nouvelle maquette. Champagne tiède et gobelets en plastique.
2/ Grande fête de la Nourriture sentimentale, à l'Andy Whaloo. Tellement de monde que même Olga Spoutnik a eu du mal à accéder au buffet. Et pas assez d'alcool pour oublier ce qu'il serait advenu en cas d'incendie.
3/ Double ration de Calvados avec John Good, à La Cerisaie, restaurant magnifique. Toast à la France, amplement mérité.
4/ Cocktails au champagne au 56e étage de la Tour Montparnasse, d'où Paris est un champ de maïs. Changement de ton du vigile lorsqu'il a découvert en contrôlant le sac de John un numéro de Préférence Gay, placé là pour des raisons longues à expliquées. Puis, John a voulu essayer le piano à queue de neuf mètres. Sa version instrumentale de New York New York a été très appréciée par un public dominé par des cadres de l'industrie pharmaceutique basés à Toulouse.
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Vodka party aux Abbesses
Le Svetlana est le seul restaurant russe non fumeur de Paris. Je demande à Brad Diamond si ça lui pose un problème. Pas du tout, au contraire ! Comme moi, il pense qu’un dîner loin de ce fléau qu’est la cigarette nous fera le plus grand bien. Par précaution, tout de même, Brad s’en allume une rue d’Orsel, quelques mètres avant d'arriver. Il l’écrase devant la porte. Il est 21h15, nous entrons. Seul un étrange couple racialement mixte et uniformément obèse a pris place. Là encore, nous nous réjouissons. Nous serons au calme et bien traités. Pour preuve, le patron nous apporte un apéritif maison, non sollicité, à base de vodka et de fruits. Nous commandons du bortsch, du hareng mariné, des raviolis au fromage blanc, des brochettes flambées à la vodka et une bouteille de vin rouge géorgien. Nous parlons grand-mères, déménagement, Love Bandits, Teyss, Tigersushi, Alain & Chico, Haynes. Les chœurs de l’armée rouge, en fond sonore, agrémentent avantageusement chaque seconde du repas. Comme il fait bon dehors, nous décidons d’attendre les desserts sur le trottoir, avec nos verres et des cigarettes. Nous voyons alors arriver Holly et Molly, deux copines de Brad, croisées un peu plus tôt dans la soirée. Elles nous rejoignent, comme convenu. Nous célébrons leur arrivée par une tournée de vodka. Le patron apporte une bouteille aux reflets verts, aromatisée aux épices. C’est loin d’être bon. Nous finissons nos verres, puis demandons à goûter une autre spécialité. Le patron revient avec une vodka au miel, un produit typiquement sibérien. Cette fois, les reflets sont jaunes, mais passée une première impression flatteuse, c’est encore la même piquette. Je me dis qu’au fond, je n’aime pas vraiment vodka, du moins, pas pour elle-même. J’aime sa capacité à se prêter à tous les mélanges et le fait qu’elle se boive glacée, c'est tout. Sur ces considérations, Brad nous entraîne dehors, pour une nouvelle pause cigarette. Il fait chaud, c’est encore l’été. Le moment est savoureux. Nous sommes rejoints par un couple de quinquagénaires gais et bien conservés (mais selon moi illégitime), puis par le patron en personne. Il raconte qu’il est en France depuis une vingtaine d’années. C’est un ancien champion de lutte gréco-romaine. Il ne retourna pas vivre en Russie. Revenir en URSS, il n’aurait pas dit non, pourquoi pas, mais ça n’existe plus. Pour nous inciter à réintégrer la salle, il offre une tournée générale. Nouvelle bouteille, nouveaux reflets, nouvelle piquette. Nous découvrons que nous sommes tous des sympathisants de Michel Houellebecq. Personnellement, j’adore son look et des phrases telles que “Je me sens vraiment bien dans un monoprix”, ou “J’ai beaucoup d’admiration pour Julien Lepers”. Nous commandons l’addition. Le patron refuse de nous laisser partir sans goûter un ultime flacon. Nous nous laissons faire. À 1H, nous quittons le Svetlana. Nous prolongeons la soirée à la terrasse d’un bar kabyle, ayant la caractéristique agréable de servir de la kanterbrau à la pression. Nous en buvons quelques unes, en parlant des Beatles, un de mes sujets de conversation préférés, avec le Tour de France et c'est à peu près tout. Il est bientôt deux heures. Holly et Molly nous remercient pour cette belle soirée, puis débarrassent le plancher. Reste nous. Brad Diamond me parle d'un bar populaire de la rue des Abbesses, à deux pas, où les sympathies frontistes du patron, partagées par les policiers du quartier, lui permettent de déborder sur l’heure légale de fermeture. Nous tombons d’accord pour y boire le verre de l’amitié. En effet, le bar est encore ouvert. Deux femmes d’environ trente-trois ans y terminent leurs consommations en terrasse. Elles sont vêtues à la mode bourgeoise-bohème, avec recherche, mais sans imagination. Leur table porte les stigmates d’un repas de brasserie médiocre. En passant, je leur glisse : “Saviez-vous que le patron de ce bar était de droite ?”, puis je rejoins Brad au bar sans attendre la réponse. En connaisseur, il est en train de demander au patron des verres de Bourgueil, “comme la dernière fois”. Le patron jure sur sa femme qu’il n’en a jamais servi de sa vie. Du chinon, je suggère ? Pas plus. Deux verres de “rouge”, tranche Brad. Nous retournons en terrasse, en emportant nos rafraîchissements. Nous approchons des bourgeoises-bohème et leur expliquons que nous aurions aimé jouir au calme de l’exceptionnelle qualité de l’air du quartier mais que les tables restantes étant occupées par des petits conifères en pots, placés là à l’instant par le patron en signe de dissuasion, il aurait été agréable de leur part de nous... Les bourgeoises-bohème semblent excédées. L’une d’entre elles, qui ne s’était pas encore retournée pour voir nos visages avenants, sympathiques, ouverts, sort de son mutisme : “on passait une bonne soirée jusqu’ici, on voudrait bien que ça continue, merci”. L'affaire n'en reste pas là. Vexés, nous les accusons d’être intolérantes, de nous rejeter par discrimination, juste parce que nous sommes des fondamentalistes musulmans. Nous quittons la terrasse en les insultant : “racistes !” Je passe aux toilettes. En laissant la porte entrouverte, j'entends une conversation, provenant de l’arrière-salle. Une femme reproche à un homme de puer littéralement de la gueule. Elle l’invite à mâcher un chewing-gum. Méfiant, l’homme refuse. Une tierce personne, se rangeant derrière l’avis de la femme, ajoute : “prends-en plusieurs”. Mais l’homme s’obstine. Nous partons. Brad Diamond, en gentleman, m’accompagne à la station de taxis de la place Clichy. Arrivés à destination, nous avisons le bar Carolus, encore très dynamique malgré l’heure tardive. Nous prenons la décision d’y déguster un dernier verre. Nous l’accompagnons d’une assiette de frites.
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Dick Storm, le satyre volant
Coup dur. Phil m'apprend que Dick Storm ne pourra pas nous rejoindre lors de notre petite escapade dans le département du Gers. Un fille de Laval, contactée par Dick avec la complicité de meetic.fr, passe in extremis le week-end « sur » Paris. Gentleman Dick l'héberge, à charge de revanche. Dick Storm est super chaud. Phil me dit qu'il y a quelques semaines, il s'est levé au milieu de la nuit pour tailler la route direction Chartres, rien que pour tirer un coup. Là encore, il s'agissait d'une conquête issue de meetic.fr, dont Dick ignorait l'existence sordide et dérisoire quelques minutes seulement avant d'aborder le péage de Saint-Arnoult à 210 km/h. C'est comme ça que Dick s'est retrouvé à 2h du matin dans un sombre recoin de l'Eure-et-Loir, devant un cageot désolant dont même les agriculteurs beaucerons les plus enclavés ne voulait pas entendre parler. Dick l'a brossée quand même. Phil me dit aussi combien il avait été pénible, il y a peu, de prendre le train avec Dick. Impossible de fermer l'œil. Toutes les deux minutes, Dick le réveillait d'un coup de coude pour lui montrer un nouveau texto salace : «tiens, regarde, hé hé… ». Dommage que Dick ait eu cet empêchement. S'il était venu, il n'aurait fait qu'une bouchée de Martine et Christiane, duo régional de quadras délurées, rencontré mardi soir au bar le Koala et - hélas pour Phil et moi ! - convoité par un caïd gitan ou de Patricia, le massif transsexuel du Loft, bar à entraîneuses du Agen populaire.
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